Écrire sur la mort

Écrire sur la mort, je le fais souvent. Presque tous mes textes ont la mort comme thème central.

La semaine dernière, je retravaillais un texte que vous pourrez bientôt lire dans un sympathique fanzine. Le texte parle de mort. En fait, il est écrit du point de vue d'un mort. Sans être un texte joyeux, c'est loin d'être un texte triste. Pourtant...

Au même moment, ma douce était à l'hôpital, au chevet de sa grand-mère, qui nous a quittés quelques jours plus tard. Une semaine plus tôt, ma tante est décédée d'une récidive de cancer.

C'est la première fois que je me sens mal d'écrire sur la mort. Comment peut-on écrire sur la mort de façon détachée, voire ludique, alors qu'elle approche à grands pas de quelqu'un qu'on aime? Comment peut-on avoir du plaisir à écrire de telles choses alors qu'on est tristes de perdre un être cher?

Quand j'étais ado, gothique jusqu'au fond des orbites, ma tante me demandait souvent pourquoi j'aimais le macabre et l'horreur. Je n'ai jamais réussi à lui expliquer, malgré des heures de discussion dont je me souviens aujourd'hui avec nostalgie.

Encore maintenant, j'arrive difficilement à expliquer pourquoi... et c'est peut-être mieux comme ça.

13 commentaires:

  1. Parce qu'il faut la désamorcer? Rire d'elle pour l'empêcher de nous étouffer? La réduire à un objet entre nos mains?

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  2. Je suis un peu pareil. J'écris sur la mort parce que peut-être je ne la connaîs pas et que je ne peux la maitriser. C'est comme une ocassion de dire que je peux la manipuler sans risquer ma vie. Dans le fond, c'est peut-être juste que j'en ai peur et que je veux l'éloigner de tous ceux qui me sont chers dans la vie......

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  3. Il n'y a qu'à notre époque moderne qu'on occulte la mort, la réservant aux hôpitaux et au soir de l'Halloween.

    Dans l'Antiquité et au Moyen Âge, on faisait plusieurs célébrations prenant la mort pour thème. Des fêtes parfois très joyeuses. Parce qu'on savait une chose : la mort nous guette tous, à chaque instant.

    Dans ce contexte, autant essayer d'en rire et de s'en amuser.

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  4. Dans notre culture, si la mort est le dernier des grands tabous c'est qu'on l'a voulu ainsi (probablement des restes de notre éducation judéo-chrétienne). Lors d'une visite à Madagascar, on m'a expliqué la coutume qu'ils ont à régulièrement exhumer leurs morts, caresser leurs os, changer leur linceul pour un propre et profiter de l'occasion pour faire la fête en invitant tout le village. Ce sont, avec leurs disparus, des retrouvailles émouvantes pour eux. La nord-américaine que je suis avait les yeux ronds mais je les enviais d'être aussi à l'aise avec la mort.

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  5. Ah oui. C'est ce qu'on appelle le Famadihana. Fascinante, cette coutume.

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  6. Merci pour vos commentaires.

    C'est vrai qu'ici on n'est pas à l'aise avec la mort. Cet après-midi, c'était les funérailles de la grand-mère de Caroline et on voyait clairement comment les gens, surtout les plus jeunes, ne savaient pas trop quoi faire ou comment réagir. Surtout que de nos jours on rend souvent hommage à des urnes plutôt qu'à des corps, ce qui rend la chose encore plus difficile.

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  7. Il y a quelques années, dans un salon du livre, deux dames se sont arrêtées devant moi. J'ai commencé à leur parler de l'anthologie Petites danses de Macabré, que j'ai dirigée. Je leur disais que le thème était la mort, ce qui mène à la mort, ce qui se passe pendant la mort, et après. Celle qui m'avait parlé est demeurée muette, pis l'autre m'a glissé à l'oreille qu'elle venait de perdre un être cher. Là, je ne savais plus quoi dire 

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  8. Justement, il faudrait bien que je lise la copie que je t'ai achetée au dernier Boréal. Sans faire de jeu de mots (bon ok, c'est un jeu de mots), ma lecture était au point mort dans les derniers mois...

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  9. Je ne sais pas dans quelle mesure ça peut te plaire, ce n'est pas un livre d'horreur. Juste... macabre.

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  10. Claude: Je ne suis pas du tout inquiet à ce sujet. Je donne moi même plus souvent dans le macabre que l'horreur proprement dite. En fait, même s'il y a une différence théorique entre macabre et horreur, je ne suis pas certain qu'elle soit importante.

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  11. J'ai toujours considéré l'horreur non pas comme un genre, mais comme un traitement qu'on applique à un genre, qu'il soit noir, fantastique ou autre.

    Macabre, c'est simplement qu'il est question de mort. C'est le seul terme que j'ai trouvé pour décrire le livre en un seul mot, puisque les textes y sont variés: petit tableau poétique, nouvelles noires, insolites ou fantastiques, conte, humour noir.

    J'ai dû te raconter que j'ai puisé l'essence de ma préface dans le Robert historique de la langue française. Le hasard m'a un jour fait tomber sur la définition, l'évolution et l'origine du mot «macabre», et j'ai capoté là-dessus.

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  12. Haha! Ne crains rien, certaines personnes ont des plaisirs beaucoup plus futiles que celui-là!

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