Scenes from Hell, de Sigh

Les mots me manquent souvent pour décrire la musique. C'est facile de dire qu'un album est bon, mais comment transformer ces impressions en mots? Parfois, une ambiance se dégage. Parfois, le sujet d'un album donne matière à discussion. Parfois, la musique est simplement géniale. En général, je me contente d'une phrase sur twitter ou facebook pour recommander un album. Dans des cas spéciaux, un court billet sur un ou plusieurs albums. Aujourd'hui, c'est Scenes from Hell de Sigh, un groupe de black métal avant-gardiste venant du Japon qui me force à vous parler de musique. Leur musique est intense et, sur cet album, ils sont accompagnés par un orchestre symphonique. Ne vous méprenez pas, l'orchestre n'est ni pompeux, ni caché derrière le métal. Tout est intégré à merveille. Les solos de guitare électrique côtoient les solos de Sax. Les violons portent la musique extrême vers un horizon à la fois mélodique et violent. Le chanteur David Tibet, du groupe folk apocalyptico occulte Current 93, fait aussi une apparition à mi-chemin entre narration et incantation. J'écoute ce disque depuis deux semaines presque sans arrêt et j'y découvre encore des merveilles musicales. Cet album sera probablement l'un des meilleurs de l'année en ce qui concerne le black métal, et peut-être le métal tout court. Visitez leur MySpace pour goûter leur musique.

Les monstres au cinéma, de Éric Dufour

Feuilleter les livres sur les films d'horreur à la librairie est toujours un plaisir. Regarder les images, se rappeler de bons moments cinématographiques, noter quelques titres à voir ou à revoir. Rarement les acheter et les lire. Pourtant, quand j'ai feuilleté Les monstres au cinéma et lu quelques lignes, une force indicible m'empêchait de le déposer sur ses clones.

Contrairement à de nombreux livres sur le cinéma d'horreur, celui-ci ne se contente pas d'énumérer une série de films. Au contraire, l'auteur décortique le concept de monstre selon de nombreux aspects dans le but d'établir ce qui fait qu'un monstre est un monstre. L'auteur étant professeur de philosophie à l'Université de Grenoble, son analyse ne reste pas superficielle et ne consiste pas uniquement à ressasser des faits divers sur chacun des films traités. Il explore, entre autres, la relation entre le monstre et l'homme, la conception visuelle du monstre (section la moins intéressante), la différence entre un monstre qui se cache et celui qui est exposé (ce que j'appelle le concept de la porte, voir Anatomie de l'horreur de Stephen King), le masque du monstre, la suggestion, la place du spectateur dans le film, etc.

Il y a quelques omissions notables (où sont les Pinhead et Candyman?), qui auraient apporté beaucoup à la discussion. De même, les récents films de torture porn ne sont pas mentionnés alors qu'ils auraient apporté un autre aspect qui n'a été traité qu'en mentionnant un obscur film des années '60. D'un autre côté, l'analyse de The Thing (L'effroyable chose), de John Carpenter, était étoffée et très intéressante (J'avoue être biaisé, car c'est un de mes films favoris). De même, l'analyse des slashers ne se contentait pas de sortir les clichés que véhiculent souvent les discussions sur cette catégorie de monstres. Visuellement, le livre est beau, même si sa forme s'intègre difficilement dans ma bibliothèque. Les photos sont bien choisies et j'ai découvert de nombreux monstres que je ne connaissais pas, entre autres des monstres issus des années 50 et 60. J'ai entre autres découvert It conquered the world (à droite) et Creature from the haunted sea (à gauche).

Tout ça m'a aussi fait réfléchir à la place du monstre dans la littérature. J'y ai glané quelques approches ou concepts à exploiter. Au final, un 25$ bien investi dans mon cas. Il ne le serait peut-être pas autant pour quelqu'un moins intéressé par le genre.

J'ai des pouvoirs psychiques

C'est immanquable, chaque fois que j'ai un rendez-vous, que je dois travailler de la maison parce qu'on a un problème de gardienne, que je dois partir plutôt du boulot ou arriver plus tard, je suis pris à la gorge par une réunion ou une téléconférence qu'on ne peut déplacer. J'ai l'impression que mon esprit possède des pouvoirs qui engendrent dans mon environnement des événements qui me compliquent l'existence. Une sorte de reverse-parapsychology.

Comme je ne peux croire à ce genre de choses sans preuve scientifique, j'ai conçu une expérience qui permettra d'examiner cette question. Chaque fois que je prévois changer mon horaire de travail pour des raisons personnelles ou faire une activité qui sort de l'ordinaire et qui ne peut se faire qu'à une date précise, je vais le noter dans ce tableau.

Événement
Conflit surnaturel
Immuable
Événement
1
1
2

Je classerai chaque "événement" ou "immuable" (réunion ou autres) dans l'une de ces trois catégories. Le conflit surnaturel se produisant quand un événement et un immuable entrent en conflit. L'étude se poursuivra pendant 3 mois, avec possibilité de prolongation si le nombre d'événements est insuffisant pour produire des résultats significatifs. Ensuite, j'utiliserai un test statistique approprié pour déterminer s'il y a un nombre anormal de conflits surnaturels.

Voyons voir ce que le hasard nous dira...

Le fantastique et moi, une étude de cas

J'ai oublié le fantastique.

J'ai oublié le fantastique comme le concevaient les auteurs du siècle dernier. Les Gautier. Les Maupassant. J'ai oublié que pour eux, le fantastique ne consiste pas en la présence exacerbée du surnaturel, mais plutôt en l'observation d'une frontière où le rationnel et l'irrationnel sont tous les deux possibles. J'avais oublié cette littérature de l'incertitude qui a depuis des années été éclipsée par un fantastique explicite.

«Le fantastique occupe le temps de cette incertitude; dès qu'on choisit l'une ou l'autre réponse [l'événement est imaginaire ou l'événement est réel], on quitte le fantastique pour entrer dans un genre voisin, l'étrange ou le merveilleux. Le fantastique, c'est l'hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel.» (Introduction à la littérature fantastique, de Todorov)

Je l'avais oublié, mais pas vraiment au fond, car ma vision pragmatique du monde m'y ramène souvent dans mes idées. Je ne peux me résoudre de prime abord à créer un surnaturel explicite et clinquant. C'est ce que j'avais essayé de faire dans une nouvelle de 6000 mots que j'ai soumis à ma plus féroce critique.

Le verdict?

Le fantastique tranquille sonne bizarre dans ma bouche. La conclusion l'a laissée perplexe, en appétit pour quelque chose de plus. Heureusement, la scène d'horreur semble avoir bien fonctionné (elle a ressenti des frissons de dégout, victoire!). Cependant, l'histoire en général ne fonctionne pas. Ce que j'ai essayé de tramer par-derrière ne l'a pas marquée. Ça a à peine effleuré sa perception. Ces deux extraits de Comment ne pas écrire des histoires arrivent tout à-propos.

Il arrive très souvent, particulièrement en fantastique, que la chute de la nouvelle tombe complètement à plat, parce que l'auteur ne fait que présenter l'idée de base de son texte sous cette forme.
et
Beaucoup de textes de fantastique finissent au moment où ils devraient commencer. Dans les dernières lignes, l'auteur affirme que les éléments fantastiques sont bien réels... et il arrête le texte sur cette « révélation ».

Cependant, je n'avais ni l'intention d'écrire une histoire à chute, ni celle de terminer par la révélation que le fantastique était réel (ou pas). Ce que je voulais, c'était laisser planer le doute entre ce que croyait un personnage et la réalité, les conséquences de son point de vue étant positives ou négatives selon que le fantastique existe ou non. Pourtant, ça ne marche pas. Ça finit en queue de poisson, laissant une sensation de coït interrompu (et je ne veux pas laisser une telle impression!). C'est peut-être simplement que le texte n'est pas assez réussi pour atteindre cet objectif qui, j'avoue, est assez ambitieux.

Alors, je me retrouve devant deux chemins :

  • Réécrire le texte pour que la fin ne soit pas une surprise, mais qu'elle laisse vraiment le lecteur sur une question qui dérange.
  • Effacer les trois derniers paragraphes et les remplacer par quelques pages de fantastique extrême avec une bonne dose d'horreur et de romantisme nécrophile.

J'avouerai que je suis tenté par la deuxième option, mais j'ai décidé de laisser dormir cette nouvelle pendant quelques semaines, histoire d'y revenir avec un regard neuf.

Note: Merci à Karel, qui m'a transmis les propos de Marc, qui m'ont permis de découvrir Todorov, un théoricien de la littérature.

Une St-Valentin Bizarro (Électrolivres gratuits!)

Pour la St-valentin, l'éditeur bizarro Erasehead Press offre gratuitement plusieurs de ses textes en format électronique. Vous téléchargerez :

The haunted vagina, de Carlton Mellick III
Piecemeal June, de Jordan Krall
Zerostrata, de Andersen Prunty
Et deux numéros de The magazine of Bizarro fiction

Vous les trouverez ici. Ce n'est pas mentionné, mais l'offre est fort probablement d'une durée limitée.

Poésie culinaire

Cet article, publié originalement dans l'excellent Writers Workshop of Horror, révèle le Aha! moment de dix auteurs d'horreur. Ils décrivent comment ils ont découvert ce qui manquait à leur fiction pour se démarquer. C'est une lecture qui fait réfléchir. Entre autres, j'ai réalisé l'importance d'avoir des personnages humains, avec des problèmes humains. Et vous, ça vous dit quoi?

Changement de sujet, voici un peu de poésie culinaire.

Quand je t'éviscère
Je dois faire bien attention
De ne pas percer tes boyaux
Ils font un excellent saucisson.

Bon appétit!

The ruins, de Scott Smith

Deux couples début vingtaine sont en vacances à Cancún. Un matin, au lieu de se prélasser sur la plage, ils décident d'accompagner un ami allemand dont le frère a disparu. En compagnie d'un compagnon de brosse supplémentaire, un Grec qui ne parle pas un mot d'anglais, les six touristes se rendent au site archéologique où devaient aller le jeune blanc-bec et sa nouvelle blonde. Étrangement, dès qu'ils mettent les pieds sur le site, une bande de Mayas encerclent l’endroit et leur bloquent le chemin du retour. Ils se retrouvent prisonniers du site archéologique, à la merci d'une terrifiante plante carnivore.

Ce résumé de The Ruins, de Scott Smith, correspond environ aux cent premières pages du roman. Ensuite, les touristes tentent de survivre à la plante carnivore pendant 400 pages. À l'exception de quelques scènes d'horreur mettant en vedette la plante, l'auteur a surtout écrit un récit de survivants. Ainsi, les personnages passent les pages 100 à 400 à chercher une façon d'obtenir de l'eau, à rationner la nourriture, à se fâcher les uns contre les autres et, surtout, à faire des erreurs bêtes qui les mèneront à leur perte. Rien de très intéressant. On a rarement peur pour eux.

En gros, le roman se lit bien. Smith a un style agréable. Les personnages sont bien développés et ils évoluent dans le temps de façon crédible, ce qui est toujours un point positif. Les interactions entre les personnages sont réalistes, en particulier leur incompréhension quand ils ne parlent pas la même langue. Malgré cela, le roman est beaucoup trop long. L’auteur a le même défaut que Stephen King, c'est-à-dire qu’il fait de nombreuses digressions qui ne sont pas essentielles au récit. Cette histoire, j'aurais aimé me la faire raconter en 250-300 pages, pas en 500. Il y a beaucoup de clichés dont je me serais passé et la "psychologie" de la plante carnivore n'est pas crédible. C'est qu'elle aime faire languir ses victimes cette plante carnivore! En tout, le roman compte une scène d'horreur excellente et deux ou trois qui sont intéressantes, sans atteindre leur plein potentiel.

Au final, j'étais un peu irrité quand j'ai terminé The Ruins. J'avais l'impression d'avoir investi dans un voyage un peu vide. J'y ai rencontré des gens sympathiques, mais personne à qui écrire à mon retour. Les paysages n'ont pas plus marqué mon imagination. Et les ruines... Un attrape touriste! Je ne me souviens pas d'avoir lu une seule mention de ruines dans tout le roman...

La danse des os dans Asile 02

C'est dans le numéro deux du fanzine Asile que vous pourrez lire mon prochain texte, intitulé La danse des os. C'est justement le texte que je mentionnais dans mon dernier billet, ce texte qui parle de la mort du point de vue d'un mort. J'ai aussi mentionné La danse des os dans un billet où je critiquais le manga Catacombes. Vous pourrez même lire un extrait de ma nouvelle, quoi qu'elle ait subi quelques modifications post mortem.

Plus de détails sur Asile ici